© Pierre Liberas

Naviguer dans le Brouillard

Le radar et l’AIS ont leurs limites lorsqu’il s’agit d’éviter les collisions dans le brouillard et ne peuvent pas implicitement détecter tout ce qui vous entoure.

FAITES CONFIANCE À VOS SENS

Avec deux écrans dans la timonerie, l’un montrant le radar et l’autre la carte et le sondeur, vous êtes susceptible de vous concentrer sur ces écrans plutôt que de regarder par la fenêtre.

En théorie, ces deux affichages vous montrent tout ce que vous avez besoin de savoir, alors pourquoi s’embêter à garder une veille visuelle et auditive, selon les obligations du Colreg ?

Le problème est que vous ne pouvez pas être sûr que le radar montrera tout ce qui bouge sur l’eau. Sil y a de la mer, du brouillard ou de la pluie, le radar mélangera les retours des vagues ou de la pluie avec les échos des petits bateaux et votre écran sera inutile.

La veille visuelle est vitale dans le brouillard, non seulement pour vous rassurer que vous voyiez d’autres bateaux qui peuvent être proches, mais c’est aussi une exigence légale sous les Colregs. La Règle 5 stipule : «Tout navire doit en tout temps maintenir une surveillance adéquate par la vue et l’ouïe ainsi que par tous les moyens disponibles.»

L’ouïe implique que vous devriez également être à l’écoute des signaux de brume. Je ne me souviens pas de la dernière fois où j’ai entendu un navire émettre des signaux de brume. Cette exigence semble être délibérément ignorée. Aujourd’hui, les navires et les bateaux sont trop dépendants de leur radar et lui font une confiance aveugle, ce qui n’est pas ici un mauvais jeu de mots.

Dans le brouillard, vous avez besoin de toutes les bonnes volontés actives, et la veille doit se faire à l’extérieur, à la fois, si possible, sur le flybridge ou sur le pont. Là, l’observateur ne sera pas distrait par les affichages électroniques et aura une vision beaucoup plus claire.

Il peut être difficile de garder la concentration nécessaire pendant plusieurs heures, donc vous devez changer le quart à de courts intervalles.

Si possible, il est préférable d’avoir une personne en observation visuelle et une personne sur le radar de sorte que chacun puisse être totalement concentré sur sa tâche.

AUTRES CONSIDÉRATIONS

  1. 1Pilote automatique : Fairefonctionner le bateau sur le pilote automatique dans le brouillard a des avantages. Tout d’abord, il est inutile d’avoir quelqu’un pour diriger le bateau afin de pouvoir se concentrer sur la veille. Deuxièmement, cela stabilisera les images radar et les rendra beaucoup plus faciles à interpréter. Cependant, assurez-vous de savoir où se trouve le bouton de déconnexion du pilote automatique pour pouvoir prendre rapidement le contrôle manuel. Si vous avez la fonction MARPA sur le radar pour afficher les vecteurs de cap des autres navires, une bonne stabilisation de l’image l’image rendra ces derniers plus faciles à voir.
  2. 2Vitesses de sécurité: La navigation dans le brouillard nécessite également de procéder à une vitesse sûre, mais la vitesse réelle n’est pas définie. Dans son sens le plus large, une vitesse sûre est celle qui ne contribue pas à une collision. Il peut également être défini comme une vitesse qui vous permet d’arrêter avant de toucher un navire venant en sens inverse.
  1. 3Visibilité :Pour améliorer la sécurité dans le brouillard, rendre votre bateau aussi visible que possible. Allumez vos feux de route et toutes les autres lumières brillantes sur le pont, car ces éclairages pourraient apparaître dans le brouillard beaucoup mieux que le bateau lui-même, surtout la nuit. Un réflecteur radar vous donnera une meilleure chance d’être vu par le radar des autres navires.
  2. AIS: Le système d’identification automatique, ou AIS, vous montre le cap et la vitesse des cibles qu’il voit, et même le nom du navire, de sorte qu’il peut aider à l’identification des bateaux. Plus important, les autres navires peuvent vous identifier. Trouvez le meilleur équipement AIS que vous pouvez vous permettre (classe A étant la catégorie commerciale). La classe B est acceptable mais n’a pas les niveaux de priorité des unités de classe A. Tous les navires de plus de 300 tonneaus devraient avoir un AIS fonctionnel, mais il n’y a aucune garantie que les petits bateaux en soient équipés : Ne supposez donc pas que les cibles AIS que vous voyez à l’écran sont les seuls bateaux que vous croisez sur votre route.
  3. Voies de navigation :Pour simplifier les choses, essayez de définir votre route pour éviter les voies de navigation ou les zones d’intense trafic. En effet, les grands navires peuvent ne pas vous voir sur leur radar mais ils peuvent également choisir de vous ignorer. Les navires modernes ont des horaires stricts à respecter et semblent rarement ralentir dans le brouillard ; donc si vous pouvez rester à l’écart des voies maritimes, c’est une bonne chose.

Comme les grands navires ont besoin d’eau profonde, effectuez, si possible, votre trajet dans des eaux moins profondes pour les éviter.

Lorsque vous naviguez dans des eaux très fréquentées où il y a des zones de séparation du trafic, vous pouvez vous rendre dans les zones côtières où les gros navires ne devraient pas aller. Faites attention également à la circulation des navires qui traversent les zones côtières pour entrer au port.

  1. 7Éviter les petites embarcations : Sur un petit bateau de plaisance la lecture du radar pour éviter les collisions peut être difficile. Si vous n’êtes pas habitué du réglage de l’affichage en North up, mieux vaut régler votre affichage en Head up ; ce n’est pas le moment de faire des expériences. Les cibles sont affichées devant vous par rapport à votre propre cap. Mettez votre EBL sur la cible et vous pouvez alors voir si le relèvement de la cible change. Si cela ne change pas de manière significative, il y a un risque de collision et vous devez agir selon les Colregs. Cela semble relativement facile quand vous avez une seule cible autour de vous, mais quand il y a plusieurs cibles, c’est le moment de ralentir pour avoir plus de temps pour déterminer ce que fait chaque cible. En outre, cela ne fonctionne que lorsque l’image radar est stabilisée avec la direction du pilote automatique. Si votre radar dispose d’une capacité d’écran partagé, utilisez un affichage pour rester sur la plage de 6 milles et un sur une distance de 2 milles.
  2. 8Électronique: Aujourd’hui, avec l’électronique moderne, garder le cap est assez simple avec le positionnement GPS et un traceur de cartes. La précision est plus que suffisante pour une utilisation dans une visibilité nulle. Vous pouvez choisir de passer près d’une ou de deux bouées, ce qui pourrait vous donner l’assurance que le GPS fonctionne et que l’observation de la bouée peut également vous permettre de voir quelle est la portée de la visibilité. Garder votre sondeur de profondeur est également un contrôle supplémentaire, et une pratique intelligente.

Pour naviguer dans le brouillard, la carte électronique devrait fournir la plupart des réponses, mais à un certain moment, vous devez encore faire la transition de l’image électronique à la navigation visuelle lorsque vous approchez de la terre ou que vous entrez dans le port. C’est là que vous avez recours à certaines des techniques qui ont été utilisées avant l’utilisation de l’électronique.

  1. 9Approche du port: Utiliser votre échosondeur et les lignes de sonde ;  Bien sûr, essayez de choisir un point d’atterrissage où il n’y a pas de dangers qui peuvent vous rendre la vie difficile.

The Yachter s’est librement inspiré, pour la rédaction, de © Dag Pike

Note et avis de The Yachter

Pour avoir été confronté en méditerranée, à la belle saison, par de sacrés brouillards, j’adopte pour ma part une conduite un peu particulière.

En effet, mieux vaut en Manche croiser le rail que de se retrouver  avec du brouillard, dans le golfe de Saint Tropez au mois d’août. Je peux vous garantir de belles frayeurs en raison de l’inexpérience des plaisanciers avec ces conditions inhabituelles et à la confiance aveugle et absurde qu’ils ont de leur GPS, AIS et radar.

Ces règles sont valables par grosse pluie également ainsi que par forte mer qui gêne la visibilité depuis une timonerie.

Dans tous les cas, les règles de veille exposées ci-dessus doivent être respectées et il convient de réduire sa vitesse en dessous de 8/10 nœuds au large et de 5 nœuds près des côtes.

Ne pas oublier que les performances du radar sont dégradées par brouillard et encore plus par fortes pluies. La barque du pêcheur visible comme un éléphant dans un couloir quand il fait beau se confond dans la purée des retours d’échos quand vous en avez besoin. Les performances exceptionnelles du radar sont pour le jour où faites un chèque à la suite de la démonstration faite au Salon Nautique.

Au large : peu de chance de rencontrer des pédalos et des paddles égarés. En revanche, on croise ferry et cargos.

Certains petits bateaux de travail n’ont pas d’AIS.

N’oubliez pas que la veille VHF sur les cargos est loin d’être parfaite ; en ce cas, si vous avez besoin d’appeler un bateau, privilégiez l’appel sélectif ; votre AIS vous fournira le numéro MMSI.

Éclairez votre bateau « a giorno »

Près des côtes : Les dangers sont multiples : petits bateaux de pêche, pédalos, paddles, plongeurs sont parfois insouciants du danger. Pire, certains plaisanciers à moteur font une confiance aveugle à leur